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Avatar - Interview Jon Landau (producteur) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par David Fakrikian   
Jeudi, 17 Septembre 2009 00:00
 
Avatar !
 
La semaine dernière, Jon Landau, producteur de Avatar, était à Paris pour présenter 28 minutes du film à la presse française. Rencontre en tête à tête, et réglements de comptes avec la clique internet qui pense que Cameron va "se vautrer". Baissez la tête, les balles fusent !
 

DVDvision : Je voudrais tout d’abord remonter 12 ans en arrière. Titanic vient de sortir, et est un succès massif. Cela vous a-t’il fait plaisir, après la difficulté du tournage, et toutes les critiques que le film s’était pris dans la presse et sur internet ?

Jon Landau : En vérité, nous n’avons pas été surpris. Nous avons toujours cru à la qualité du projet. A notre différence, la plupart de ceux qui écrivaient des choses négatives, n’avaient : 1/ pas lu le scénario, 2/ pas visité le plateau de tournage, 3/ pas vu des images. Ils écrivaient juste en roue libre. Ceux qui avaient visité le plateau, ceux qui avaient vu les premiers assemblages de scènes, étaient plus mesurés. Maintenant, personne n’aurait pu prévoir bien sûr un succès aussi phénoménal. On s’attendait à quelque chose type Danse avec les loups, vous savez, le film sort, est un bon succès vu la difficulté du projet, reçoit une bonne réception critique et publique, sans tout casser non plus.

DVDvision : Vous n’avez pas le sentiment que plus les choses changent, plus elles restent pareilles ? Vous avez lu je pense les critiques négatives sur Avatar, qui fusent de partout (principalement sur internet), depuis que les premières images sont apparues…

Jon Landau : C’est intéressant effectivement… Jim n’est pas le réalisateur le plus prolifique de la « A list ». Steven Spielberg fait parfois deux films par an… Jim, même avant celui-ci, en réalisait au mieux un tous les 4 ans. Alors forcément, l’attention du public et des critiques, est plus concentrée. Le facteur curiosité est obligatoirement plus grand. On sait qu’il repousse les limites techniques, une fois de plus, et pour certains, cela fait trop. Quand ils ont affaire à quelque chose qui est inconnu, ils ne savent plus comment le qualifier. Alors ils ont tendance à dire « je ne comprend pas ce qu’il fait, et voici un million de raisons pour lesquelles ca ne peut pas marcher ! ». Alors qu’ils devraient juste attendre, et laisser le film parler pour lui-même ! C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons eu l’idée de l’Avatar Day. Nous ne vous avons rien montré jusqu'à présent, alors venez voir de quoi il en retourne ! Et nous avons été très contents des réactions.

DVDvision : C’est amusant, il y des centaines de réactions en vidéo sur youtube. Tous les spectateurs commentant les images de l’Avatar Day disent la même chose : que la bande-annonce ne donne aucune idée de ce que va être le film, et que les images en 3D sont époustouflantes.

Jon Landau : Laissez-moi faire une analogie : si l’un de vous amis vous raconte avoir été à un concert des Rolling Stones, qu’il a trouvé génial, et que la première fois que vous entendez ce concert, c’est sur un CD-R que vous écoutez sur votre auto-radio… (il s’esclaffe) – cela ne sera forcément pas aussi bon ! C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons lâché la bande-annonce avant… Le message est clair : allez-voir la différence ! Il n’est pas possible de juger quoi que ce soit sur un écran d’ordinateur !

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DVDvision : D’accord, mais dans le cas d’Avatar… une large majorité du public ne verra le film qu’en 2D et non en 3D. Vous pensez qu’il fonctionnera malgré tout en monovision ?

Jon Landau : Premièrement, Jim a un vrai, et bon scénario. Les personnages, et l’histoire, sont engageants. Deuxièmement, souvenez-vous, quand les gens ont découvert Star Wars au cinéma, c’était sans doute pour la plupart, dans un mixage mono. Bien entendu, c’est inimaginable aujourd’hui ! L’experience du cinéma est du 5 ou 7 canaux. Mais pour des milliers de personnes, le premier Star Wars était malgré tout engageant, même sans le Dolby Surround. Je pense qu’il faut appliquer la même analogie à Avatar. Certaines personnes refusent d’aller le voir en 3D. Ils veulent juste voir le film en 2D. Très bien... Vous savez, les images que vous avez vues, je les ai montrées en 2D, eh bien certains voient plus de détails dans l’image… parce-que la 3D vous dicte où regarder. Alors que la 2D laisse vos yeux errer dans l’image plus librement. Et Jim a mis tellement de détails dans les images, que cela fonctionne comme ça aussi.

DVDvision : Je l’avoue, je suis resté à trois séances de l’Avatar Day (Jon Landau s’esclaffe et se tape sur la cuisse) – ne rigolez pas ! A chaque fois, j’ai vu des détails dans les images, que je n’avais pas aperçus auparavant.

Jon Landau : C’est l’un des points forts du film, plus vous le visionnerez, plus vous découvrirez des choses. Et plus vous en verrez, plus vous accepterez la réalité de cet univers. A chaque fois que l’on découvre quelque chose de nouveau, il nous faut un moment pour l’accepter. Prenons un exemple, un nouveau design de voiture apparaît. La première réaction des gens en général est « oh, je n’aime pas ! ». Parce-que c’est nouveau, et différent. Et puis, au fil des mois, le modèle est de plus en plus présent dans les rues, et finalement, vous vous dites « cette voiture est bien ! J’achète ! ». C’est la même chose avec Avatar. Je veux dire, ce sont des personnages bleus ! Avec des queues ! Leurs oreilles bougent ! C’est évident qu’il va falloir un temps d’adaptation pour le public, à les accepter ! Et puis au fur et à mesure qu’on est pris par l’histoire, on fini par accepter ce monde. Je ne sais pas pour vous, mais en montrant deux fois les images à certaines personnes, les plus réticents finissent par accepter les personnages. La première fois, c’est « Wow ?! C’est réel ?! C’est des acteurs maquillés ou pas ? » C’est dur pour certains…

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DVDvision : Je n'ai eu aucun problème, sauf pour certains plans, qui la première fois ne me semblaient pas réels. Et puis, en revisionnant les images, je me suis aperçu que ces plans ne me dérangeaient plus…

Jon Landau : C’est intéressant, mais cela vient du fait que vous êtes conditionné par ce que vous avez lu sur le film. Prenez l’exemple d’un film réalisé a 100% en live. Si l’on vous disait que certaines des images sont en fait en CGI, vous arriveriez à les trouver… alors qu’il n’y en pas ! J’ai lu sur internet un message, ou un gars expliquait que Sam Worthington, dans l’un des plans de la bande annonce, était en CGI. Mais il est réel ! Ce n’est juste pas possible qu’il ressemble à un personnage en CGI ! (il rigole). Un autre de nos favoris est le post où quelqu’un a fait une capture de la bande-annonce, et raconte que le vaisseau spatial est trop petit par rapport aux montagnes flottantes… Mais il ne peux pas dire ça ! C’est comme on a envie ! Ce monde n’existe pas ! C’est un univers de fantasy ! Je ne comprend pas qu’on puisse dire que cette image n’est pas possible, puisque tout l’univers est imaginé ! Nous essayons de repousser les limites, en permettant de créer des univers fantastiques qui sont en même temps photoréalistes. C’est une barrière que nous essayons de briser. Si nous arrivons à faire une petite brèche, dans laquelle d’autres cinéastes peuvent s’engouffrer, et raconter des histoires qu’ils n’auraient pas pu raconter autrement… tant mieux !

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DVDvision : Il paraît que Ridley Scott, pour ne citer que lui, a été conquis…

Jon Landau : Ridley est venu, ainsi que d’autres cinéastes, comme Gore Verbinski. Ce qu’on leur a montré, c’est que le motion capture n’existe plus. Nous en sommes maintenant à la performance capture. Dans le passé, on capturait le mouvement. Maintenant, on capture une performance d’acteur. La 3D aujourd'hui n'a rien a voir du tout avec ce truc ancestral où l’on vous balançait des choses dans les yeux, vous provoquant des maux de têtes. La 3D est là pour vous faire oublier que vous êtes dans un cinéma, et vous placer a l’intérieur même d’un monde. Combiné à la performance capture, forcément, les réalisateurs commençent à s’exciter…

DVDvision : Parlons des conversions en 3D. J’ai revu Titanic récemment en HD(TV), juste après avoir vu les images d’Avatar, et je me suis dit que le film s’y prêterait plutôt très bien. On sent presque la 3D, déjà, en 1080p. Mais est-ce que sera vrai pour d’autres films comme par exemple True Lies ? Je ne suis pas sûr… Je parle de la manière dont c’est filmé.

Jon Landau : Le problème n’est pas la manière dont c’est filmé, mais l’histoire. Titanic s’y prête totalement. La technologie peut permettre de nous y immerger encore plus. Maintenant, je pense que dans le futur, on finira par convertir en 3D des films comme True Lies, ou My dinner with Andre. L’un, ou l’autre, fonctionnera encore mieux en 3D. Et puis, en tant que simple spectateur, j’aimerai voir un jour Jamie Lee Curtis danser en 3D –

DVDvision : (incapable de dire un mot, souriant béatement à cette perspective).

Jon Landau (rigolant) :  … J’aimerai voler dans le Harrier en 3D aussi ! Plus sérieusement, nous ne sommes pas pour l’idée de convertir des films récents. Je veux dire, vous n’allez pas filmer aujourd’hui un long-métrage en noir et blanc, et le coloriser pour sa sortie en salles. Qui ferait un truc pareil ? D’accord, pour un vieux film, que le réalisateur voulait au départ faire en couleurs, et que l’on désire voir en couleurs aujourd'hui. C'est pareil pour les films qui ont raté la case 3D pour cause de technologie inexistante à l'époque. J'aimerais voir la Trilogie du Seigneur des Anneaux en 3D, par exemple. Ou même le 5e Element.

DVDvision : Euh… ne donnez pas d’idées à Luc Besson… c’est vrai maintenant qu’il s’agit d’un univers de fantasy aussi, inspiré de Metal Hurlant…

Jon Landau : Mais si ! Allez y ! (rires)

DVDvision : Le problème, cependant, de la 3D, ne serait pas que les coûts associés en font une technique réservée aux cinéastes d’élite, la A-list ?

Jon Landau : NON ! Vous n’êtes, pour commencer, pas limité à un type de caméra. Vous devez juste investir dans la structure qui les tient. Vous pouvez y insérer une caméra Panasonic, une Sony, une Genesis… Le coût n’est absolument pas aussi elevé qu’on le croit. Tout d’abord, vous ne payez pas vos acteurs plus cher. Ni le réalisateur ! Les décors, les accessoires ne vont pas augmenter non plus… c’est là ou va le plus gros du budget d’un film. Seul trois secteurs sont affectés par un tournage en stéréo : les caméras, qu’il faut doubler, avec la présence d’un technicien supplémentaire. Le deuxième, c’est le département effets spéciaux, quand vous combinez de l’action en direct, et du CGI. Et le dernier, est le coût de post-production. Parce-que vous devez achever tous vos plans, non pas pour un œil, mais les deux. Si vous vous préoccupez du département lié aux caméra, vous n’avez aucun coût supplémentaire. Le directeur de la photographie ne va pas être payé le double !

DVDvision : Sur internet, il se dit qu'on doit utiliser le double de lumières d’éclairages…

Jon Landau : C’est faux ! Vous éclairez le décors comme d’habitude. Vous avez ici une caméra DV, si vous l’aviez en double, nous pourrions filmer cette interview en 3D, et ce serait parfait ! Maintenant, quand il s’agit d’effets spéciaux, ça se complique… Si tout est en live, il n’y a aucun coût additionel. Si vous mélangez du live et du CGI, là le coût augmente, non pas pour l’animation, mais pour le composite. Parce-qu’il faut achever les plans en double. L’animation ne doit par contre être faite qu’une fois. C’est pourquoi vous voyez de nombreux films en animation en 3D, il n’y a aucun coût supplémentaire, ou très marginal, pour en tirer une version stéréo. Pour un film soit 100% live, soit 100% CGI, le prix supplémentaire sera de 5%. Et pour un coût aussi faible, dites vous une chose… vous donnez tellement plus au public !

DVDvision : Pour en revenir à Avatar… n’est il pas difficile de faire la promotion d’un film qui n’est ni un remake, ni une adaptation, ni un reboot d’une franchise déjà connue ? On dirait qu’il n’y a plus que cela à Hollywood…

Jon Landau : C’est à la fois une bénédiction, et une malédiction. Les gens veulent, je pense, quelque chose de neuf. Il y a tellement de films, même « originaux », qui ne sont que des ressucées de choses déjà vues… La bénédiction, c’est ça. Maintenant, la malédiction, c’est que le public n’est du coup pas familier avec notre film. Quand on leur dit que Batman revient, ils comprennent direct. Même Titanic parlait aux gens, ils comprenaient ce que c’était avant même d’avoir vu une image. Nous devons donc agiter les bras, et faire comprendre au public que c’est quelque chose de neuf, quelque chose qu’ils ne peuvent pas assimiler instantanément, et les éduquer donc, à cet univers. Le jeu, par exemple, va nous y aider. Il sortira sur toutes les plateformes, et est pensé comme une histoire différente du film, se déroulant cependant dans le même univers. Vous allez voir, il sera hallucinant, quelque soit la plate-forme sur laquelle vous l'acheterez. Nous avons utilisé une équipe de dévellopement différente pour chaque plate-forme, et chacune bénéficiera de ses avantages spécifiques. Par exemple vous pourrez volez dans les airs en utilisant la planche de la Wii pour vous diriger, ce qui bien sûr ne sera pas le cas sur la XBox, ou PS3. Par ailleurs, nous préparons aussi un marketing viral avancé, tout ceci afin de familiariser le grand public avec ce nouvel univers.

DVDvision : Merci. Il ne nous reste plus maintenant qu'à attendre que la post-production soit terminée, et que le film sorte. 

Jon Landau :  Touchons du bois pour qu'il marche !

Interview par David Fakrikian
 
Avatar de James Cameron, dans les salles de 16 décembre 2009.
 
 
 

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